Un projet agricole se construit aussi avec la banque. Pour financer votre installation ou votre développement sans avancer à l’aveugle, apprenez à bâtir un plan de financement solide, anticiper vos besoins de trésorerie et négocier un emprunt adapté.
Après avoir expliqué les codes à connaître pour nouer une relation fructueuse avec « son » conseiller bancaire, Amandine MAILLARD entre à présent dans le concret en présentant aux agriculteurs et porteurs de projet agricole les éléments à maîtriser pour obtenir un emprunt bancaire, en particulier le nécessaire plan de financement. Ce dernier est indispensable en effet pour toute demande de financement bancaire. Pourquoi ? Eh bien parce qu’il met en évidence le coût total du projet d’installation ou de développement en exposant de façon complète vos besoins de financement en tant que porteur de projet.
Le plan de financement se présente simplement
Non, le plan de financement n’est pas « prise de tête » lorsqu’il est exposé par Amandine MAILLARD qui maîtrise totalement le sujet et sait se mettre à la portée de l’apprenant. Il se présente simplement comme un bilan d’ouverture comptable avec, dans la colonne de gauche, l’ensemble des coûts hors taxe de votre projet d’installation ou de développement et dans la colonne de droite, les ressources financières nécessaires pour y faire face. Le plan doit être exhaustif, clair et simple, regroupé en grandes masses.
Colonne de gauche : les coûts en trois grandes masses :
- Besoins incorporels : divers frais engendrés par l’installation : parcours JA, notaire, création d’entreprise…
- Immobilisations corporelles : biens durables immobiliers et mobiliers : achat de foncier, améliorations foncières, plantations pérennes, bâtiments, matériels de production et transformation, cheptel reproducteur…
- Besoins de trésorerie pour financer du stock animal et végétal, faire fonctionner l’exploitation jusqu’aux premières rentrées d’argent (fonds de roulement). Le besoin en TVA est mentionné à la fin (vous payez la TVA au moment de vos achats et vous la récupérez plus tard)
Ainsi apparaît le coût total du projet.
Colonne de droite, les ressources :
- Capitaux propres : autofinancement (il est préférable d’en avoir, ne serait-ce qu’un peu) constitué d’épargne et donations, biens mobiliers acquis par anticipation, salaire différé d’aide familial…
- Subventions : aides européennes PCAE1 aides à la modernisation agricole, à la diversification, à la transformation… aide de la MSA
- Emprunts : bancaires, crowdfunding et emprunts familiaux ou accordés par le cédant (devant notaire de préférence).
Le total des ressources doit couvrir exactement le total des besoins (coûts). Sinon, ajustez ou… renoncez.

Pour obtenir du crowdfunding
Vous présentez votre projet d’installation sur les plateformes Internet ou sollicitez auprès de particuliers des dons, des achats de parts ou des emprunts ; une façon intéressante de financer votre projet et de vous faire connaître pour la vente directe..
Vous vous installez dans une société existante
Ce ne sont pas des biens que vous achetez mais des parts sociales. En outre, comme nouvel associé, vous contribuez à aider la société à racheter le compte courant associé (CCA), le cas échéant, de l’associé en partance.
Que faire de la DJA (dotation jeune agriculteur) ?
Par expérience, Amandine MAILLARD, prudente, conseille de ne pas l’inclure dans les ressources du plan de financement, en tout cas pas en totalité, mais plutôt de l’épargner comme matelas de sécurité pour faire face à un imprévu ou un besoin de trésorerie qui surviendrait durant la ou les premières années.
En cas de reprise
Le cédant doit détailler le prix des différentes composantes : terres, bâtiments, matériel, cheptel, stocks, maison d’habitation, car les uns s’amortissent, d’autres pas et les moyens de financement ne sont pas les mêmes.
La maison d’habitation
Si vous achetez en même temps une maison d’habitation, elle ne doit pas apparaître dans le plan de financement. Elle peut être financée par un prêt habitat à rembourser par vos prélèvements privés.
Ne sous-estimez pas le besoin de trésorerie
Sinon vous risquez de vous retrouver à sec. Il peut être financé par des prêts à moyen et long terme (MLT) au moment de l’installation ; c’est le bon moment. Par la suite, pour de la trésorerie, la banque ne vous proposera plus que du court terme.
Amandine MAILLARD illustre ses propos d’un exemple concret à retrouver sur son cours en ligne.

Chaque ressource est affectée à un objet
La banque peut facilement prendre des garanties sur les biens immobiliers. Ce sont les plus faciles à obtenir. Amandine MAILLARD conseille donc d’affecter les apports aux autres besoins : la trésorerie, les frais d’installation, puis les biens mobiliers.
Caractéristiques des emprunts bancaires
N’oublions pas qu’emprunter engage l’emprunteur ainsi que les cautionnaires. Mieux vaut savoir de quoi il s’agit. Le taux est important mais ce n’est pas tout. Amandine MAILLARD rappelle les deux grands types d’emprunts : * Long et moyen terme (LMT) : durée supérieure à deux ans. Il finance exclusivement une immobilisation = bien durable (bâtiment, matériel, cheptel) jusqu’à 20 ans, avec un remboursement par échéances du capital et des intérêts. * Court terme (≤ 2 ans) : répond à un besoin ponctuel, ex. TVA sur un investissement, ou du stock. Le remboursement s’effectue en une seule fois. *
L’emprunteur et les cautions
L’emprunteur est soit une personne physique (entreprise individuelle) soit une personne morale (société) représentée par le ou les gérant.e.s. La banque demande parfois au conjoint de signer l’emprunt. À éviter car la personne engage alors son patrimoine. En GAEC, l’ensemble des associés signe et s’engage. En EARL ou SCEA, un gérant seul peut engager un emprunt.
Que financer ?
* Ne sont finançables que les montants hors taxe (HT). Un emprunt CT permet en outre de financer la TVA jusqu’à ce que vous la récupériez.
* Foncier : l’emprunt peut couvrir l’achat plus les frais. Et aussi les améliorations foncières (drainage, irrigation)
* Bâtiments : reprise ou construction et réparations y compris autoconstruction sur factures des matières premières. L’accord bancaire est plus facile s’il y a une part d’autofinancement.
* Matériel, déduction faite des reprises.
* Cheptel : reprise, achat d’animaux.
* Plantes pérennes.
* Parts sociales selon un protocole de cession de parts.
* Comptes courants d’associés : emprunt à MT au vu du bilan.
* Trésorerie : emprunt à MT (uniquement au moment de l’installation) pour des stocks, du fonds de roulement, éventuellement du croît interne (les animaux jeunes prennent de la valeur), bien que ce dernier soit difficile à financer.
Durée de l’emprunt
La durée de l’emprunt est ajustée à la durée prévue du bien et, le cas échéant, de son amortissement comptable, (le foncier ne s’amortit pas) avec un maximum de vingt ans en général. Plus la durée de l’emprunt est courte, plus son coût, évidemment, est faible mais les échéances élevées.
- Foncier : 10 à 18-20 ans et aménagements fonciers 10 à 15 ans
- Bâtiments : 10 à 18 ans
- Installations photovoltaïques : 12 à 20 ans
- Matériel neuf : 5 à 9 ans ; occasion : 3 à 5 ans
- Labo : 7 à 9 ans
- Cheptel bovin viande : 10 à 15 ans
- Bovins lait : 8 à 12 ans
- Ovins, porcins : 5 à 7 ans
- Plantes pérennes : 12 à 20 ans
- Trésorerie, stocks : 3 à 7 ans
- Parts sociales : 10 à 15 ans
- Compte courant associé : 5 à 7 voire 12 ans
La durée peut être modulée en fonction de la capacité de remboursement et aussi de circonstances prévisibles comme départ en retraite d’un associé : échéance attendue. Dans votre tableau de financement, visez un total d’échéances en baisse à partir de la 5è année, pour pouvoir réinvestir.
Périodicité de remboursement
Selon l’activité et les flux de trésorerie qu’elle entraîne, la périodicité peut être mensuelle, trimestrielle, semestrielle ou même annuelle.
- Lait, porc naisseur-engraisseur, œufs : mensuel,
- Volaille de chair : trimestriel,
- Volaille de chair, céréales, bovins allaitants, ovins allaitants, porcs engraissement : semestriel,
- Bovins allaitants, céréales : annuel,
- Transformation avec vente directe : plutôt mensuel,
- Maraîcher : à réfléchir en fonction des productions.
Décalage de la première échéance
Veillez à ce que la 1ère échéance arrive à un moment où la trésorerie le permettra. En annuel, on peut décaler la 1ère échéance de 6 mois avant ou après le terme classique. Ensuite ce sera toujours à la même date.
Différé
Un différé de remboursement du capital permet de ne payer que les intérêts aux échéances 1 à 3, par exemple pour un bâtiment en construction sans production durant plusieurs mois.
Types de taux
Taux nominal : c’est la référence du prêt, celui qui est écrit mais il n’est pas réel. Taux fixe ou révisable. Quand les taux sont bas, on préfère les taux fixes. Les échéances sont toujours égales ; pas de surprises. En période de taux élevé, on ose le taux révisable. Celui-ci est indexé sur un indicateur financier national (EURIBOR ou T4M…), revu une à deux fois par an. Pour limiter le risque choisissez un taux capé 1(dont la hausse est plafonnée).
Garanties
Pour se couvrir en cas d’insolvabilité, le banquier demande des garanties qui correspondent à soit à un bien réel (hypothèque sur foncier, gage sur véhicule, warrant sur cheptel) soit sur des cautions.
En se portant caution, une personne physique s’engage pour un emprunteur, société ou une personne physique, à rembourser la banque en cas de défaut. Attention ! cet engagement lie fortement le cautionnaire. En caution simple, moins engageante, la banque se retourne d’abord vers l’emprunteur avant de solliciter la caution. En caution solidaire le garant peut être sollicité en premier.
La caution peut être limitée en montant et durée Existe des organismes de caution (payant)
Assurance emprunteur
Le prêteur se couvre en cas de défaillance majeure (décès, invalidité totale, incapacité temporaire…) de l’emprunteur. L’assurance se substitue à l’emprunteur pour rembourser le capital restant dû. L’assurance vérifie votre état de santé au moment de la souscription de l’emprunt. Vous avez le droit de choisir votre assurance. Amandine MAILLARD présente deux cas concrets à retrouver sur le cours en ligne. Prudente, elle marque une préférence pour l’assurance à 100 % plutôt qu’à 50 % sur les emprunts lourds. Elle invite aussi à regarder de près les conditions de prise en charge garanties par l’assureur. Le capital versé par l’assurance est considéré en comptabilité comme un résultat exceptionnel qui gonfle, en société, le résultat de l’exercice, d’où une augmentation de cotisations sociales MSA et d’impôt. Ce risque fiscal peut être lissé et même assuré par un capital décès.
Frais de dossier
La banque peut facturer des frais de dossier liés à l’emprunt. Toutes les banques ne l’appliquent pas et vous pouvez toujours négocier. Mais dans le choix d’une banque, cet aspect n’est pas primordial. C’est la globalité de la proposition bancaire qu’il faut prendre en compte, recommande Amandine MAILLARD.
Quelle proposition bancaire choisir ?
En général, les prêts sont à échéance (capital + intérêts + assurance…) constante, c’est-à-dire qu’au fil du temps vous rembourserez de plus en plus de capital et de moins en moins d’intérêts. La banque vous fournit au départ un tableau d’amortissement qui sera indispensable à la comptabilité.
Pour comparer deux propositions, c’est le coût de crédit ou bien le TAEG (taux annuel effectif global) qu’il faut comparer et non pas seulement le coût nominal ou toute autre composante. Le coût de crédit est la somme, sur la durée du prêt, des intérêts, des assurances, du coût de garantie, des frais de dossier.
Si vous réalisez plusieurs emprunts pour votre projet, il faut en faire la somme.

Calculer une échéance de prêt
Lorsque vous élaborez votre projet, avant d’aller à la banque, vous souhaiterez approcher le montant de vos échéances. Vous trouverez sur Internet des tables financières qui vous permettent, en fonction du taux nominal et de la durée du prêt, de connaître le montant des échéances.
En conclusion : ne pas subir
Parmi les étapes de tout projet agricole, la rencontre d’un ou plusieurs partenaires bancaires est le plus souvent nécessaire et primordiale. Amandine MAILLARD vous recommande de présenter votre projet de façon exhaustive, d’examiner avec soin les propositions de crédit, de les comparer de façon globale, de négocier ce qui peut l’être, de refuser éventuellement des garanties qui engagent des proches, et de décider en connaissance de cause. En un mot, ne pas subir.